Des fleurs pour Algernon

Posté par belledenuit le 9 février 2010

Auteur : Daniel Keyes

Editions : Flammarion (2004)

Nbre de pages : 466

Présentation de l'éditeur :

Charlie Gordon a 33 ans et l'âge mental d'un enfant de 6 ans. Il voit sa vie boulversée le jour, où, comme la souris Algemon, il subit une opération qui multipliera son QI par 3. Charlie va enfin pouvoir réaliser son rêve : devenir intelligent. Au jour le jour, il fait le compte-rendu de ses progrès. Mais jusqu'où cette ascension va-t-elle le mener ?

Mon avis :

Autant le dire dès le départ : j'ai été bouleversée par cet ouvrage.

Il est beau, prenant et poignant !

Au départ, je ne pensais pas que j'accrocherais parce que les 30 premières pages sont écrites avec un très mauvais style. L'auteur s'est mis totalement dans la peau d'un handicapé mental pour nous mettre vraiment dans l'ambiance.

Car l'histoire nous est racontée par Charlie Gordon, un jeune homme de 33 ans qui va voir sa vie totalement changée par une opération qui doit considérablement augmenter ses facultés intellectuelles.

Et le plus grand rêve de Charlie est d'être intelligent : pour pouvoir lire et écrire correctement mais aussi et surtout pour avoir des amis.

On ressent cette envie dès le départ et c'est terriblement poignant de se rendre compte à quel point ces personnes ont ce besoin d'être entouré, aimé, chouchouté.

Au-delà de la simple expérience médicale qui a pour but de trouver un moyen pour rendre les handicapés mentaux comme tout un chacun, l'ouvrage met bien en exergue la difficulté de ces derniers d'être considérés comme de véritables êtres humains comme nous le sommes.

D'ailleurs, Charlie le dit et le crie suffisamment souvent dans l'ouvrage : il est un être humain mais il l'était aussi avant l'opération. La différence c'est la façon dont nous (être normaux) nous percevons cet homme qui a changé.

Le plus frappant est donc la façon dont il se rend compte des choses une fois l'intervention chirurgicale passée, la manière dont il les analyse et comment il réagit.

L'évolution du personnage est vraiment très bien faite. Je n'aurais pas pu l'imaginer différemment.

Charlie est attachant dès le départ mais il le devient encore plus au fur et à mesure que l'on progresse dans notre lecture. Et notamment vers la fin…

Je ne vous raconterai pas ce qui se passe parce que, sincèrement, il faut que la majorité lise cet ouvrage qui n'est pas simplement un livre de science-fiction. C'est au-delà que ça se passe.

Le livre nous ouvre les portes d'un monde qui pourrait se présenter un jour ou l'autre. En tout cas, pour tous ceux qui sont comme Charlie, je souhaiterais véritablement que la science arrive à quelque chose pour les aider.

En attendant, c'est à nous de faire un pas, de faire un geste pour qu'ils ne se sentent pas “différents”. Un simple mot, un simple sourire et on sent déjà que c'est du soleil qu'on leur offre.

Je ne dirai pas que c'est un coup de coeur que j'ai eu pour cet ouvrage. Tenant le thème abordé, je trouve que le terme n'est pas approprié mais je dois vous dire que ça m'a beaucoup touchée, que je ne suis pas prête de l'oublier et que, forcément, je le recommande. D'ailleurs, la fin m'a tellement émue que j'en ai eu les larmes aux yeux. Si ça ce n'est pas un signe que l'ouvrage est magnifique, je ne sais pas ce que ça veut dire alors !

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Neuf valises

Posté par belledenuit le 4 février 2010

Auteur : Béla Zsolt

Editions : Seuil (2010)

Nbre de pages : 412

Présentation de l'éditeur :

“Voilà comment, d'une seule phrase, j'ai tué quarante-neuf personnes. ” Béla Zsolt ne s'épargne pas. Et pourtant, le sort non plus ne l'a pas épargné, lui, le juif hongrois qui a quitté la France en 1939 pour retourner dans sa patrie, autant dire dans la gueule du loup. Ces mots terribles illustrent le quotidien du front de l'Est, où il sert dans une unité de travaux forcés comme tant de ses coreligionnaires. La prochaine étape de sa destinée est le ghetto de Nagyvarad, où il attend avec sa femme son transfert vers les camps de la mort. Le couple est sauvé in extremis mais le calvaire n'en est pas fini pour autant. Une nouvelle arrestation puis un internement à Bergen Belsen suite au marchandage de Rezso Kasztner avec les nazis précéderont leur départ pour la Suisse et leur libération définitive. Libération ? Comme tant de rescapés de la solution finale, Zsolt est hanté par ces années vécues au bord du gouffre. Il nous livre ici un récit d'exception, écrit à chaud au fil des persécutions, un ” témoignage-reportage ” sans concession aussi glaçant qu'émouvant.

Mon avis :

Neuf valises est un témoignage de Béla Zsolt sur les conditions de vie et de détention des juifs en Hongrie pendant la Seconde Guerre Mondiale.

La particularité de cet ouvrage réside dans le fait que sa parution, dans son intégralité, ne date que de 1980, soit près de 40 ans après les faits. Jusque là, seule une édition en feuilleton en 1947 avait été publiée dans le journal créé par Béla Zsolt lui-même : Haladàs.

L'auteur était un précurseur dans le genre de la littérature de l'holocauste. Neuf valises est le premier témoignage qui a été donné de faire dès après la fin de la guerre.

De nos jours, beaucoup de langues se sont déliées, beaucoup d'auteurs ont écrit mais Béla Zsolt fait bien partie des premiers à avoir montré l'horreur et la bestialité des hommes envers leurs congénères.

Sur ce point, l'ouvrage est intéressant puisqu'il nous permet de nous rendre compte de ce qu'il s'est passé en Hongrie qui était l'un des rares pays où les juifs n'étaient pas déportés en masse vers les camps de concentration pour y être exterminés, comme dans le reste de l'Europe Occidentale.

Ce pays préférait envoyer ces hommes en Ukraine en tant que travailleurs forcés sur le front.

L'ouvrage nous permet, au travers du texte narratif de Béla Zsolt, de vivre ces instants où ces hommes vivent dans des conditions atroces, souffrent de faim mais aussi de la rigueur du climat. Rien ne nous est épargné et certaines scènes de torture décrites sont difficiles à “digérer”.

L'auteur nous fait part de ce qu'a été son existence en Ukraine puis de celle vécue dans le ghetto de Nagyvaràd. Cela constitue la première partie de l'ouvrage.

Si le thème est forcément ardu par sa contenance, l'écriture de Zsolt, elle, ne tourne pas dans le pathos. Il écrit et décrit ce qu'il a vu, ce qu'on lui a raconté mais il ne met pas le lecteur mal à l'aise face à toutes ces barbaries.

Ce qu'il explique, par contre, et où j'ai ressenti comme un désarroi c'est comment il s'est retrouvé en 1939, alors que la guerre était en route, à retourner en Hongrie alors qu'il avait fui ce pays quelques mois auparavant pour se réfugier à Paris et de là vers d'autres destinations plus sûres.

L'histoire des “valises” y est pour beaucoup et j'ai bien senti qu'il leur en voulait à ces valises ! Bon nombre de fois, il y revient dessus.

Car si elles n'avaient pas été là, si sa femme n'avait pas insisté pour les garder, leur destin aurait pu être tout différent.

Dans l'ensemble, je dirai que comme tout témoignage, ce livre est à découvrir. On peut se rendre compte de ce qu'était la vie de ces juifs hongrois. Histoire que je connaissais pas.

De plus, il est complété par deux annexes qu'il est nécessaire de lire pour comprendre comment Béla Zsolt est passé de sa situation à la fin de la première partie à celle de la seconde.

Même si le genre narratif n'est pas celui que je préfère, il n'en demeure pas moins que l'oeuvre de Zsolt tient bien son rôle de devoir de mémoire.

Comme le dit Ladislaus Löb dans l'annexe 2 :

“Un demi-siècle plus tard, le sujet [la littérature de l'holocauste] a suscité une quantité considérable d'écrits, mais l'oeuvre de Zsolt reste unique.

En se concentrant sur ce qu'il a vécu au ghetto de Nagyvaràd et comme travailleur forcé en Ukraine, il offre un aperçu rare et extrêmement perspicace du fascisme hongrois, et brosse en même temps un tableau saisissant des abîmes de cruauté, d'indifférence, d'égoïsme, de lâcheté et traîtrise dont les hommes en général - les victimes comme les bourreaux - sont capables dans des conditions extrêmes, créées par les hommes eux-mêmes. (…)

Zsolt est non seulement un des premiers écrivains de l'holocauste, c'est aussi un des plus accomplis, soutenant la comparaison avec Primo Levi, Elie Wiesel ou Imre Kertész.” (p. 412)

Ce livre a été lu dans le cadre de Masse Critique organisé par Babelio que je remercie pour l'envoi.

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Récapitulatif de mes lectures de janvier 2010

Posté par belledenuit le 2 février 2010

J'inaugure cette nouvelle année avec une nouvelle catégorie qui viendra en début mois vous récapituler les lectures que j'aurai faites le mois précédent et LE livre qui m'aura le plus interpelé.

Je ne sais pas si le coup de coeur sera présent mensuellement mais je dois bien vous dire que le mois de janvier, lui, a été particulièrement riche en belles et étonnantes lectures.

Je me rends compte que j'apprécie de plus en plus la littérature jeunesse que j'avais toujours mise de côté, ne me sentant pas l'âme suffisamment enfantine pour m'y plonger dedans. J'ai changé mon fusil d'épaule parce qu'il y a de très bons ouvrages à découvrir dans ce genre là. Mais je dois aussi remercier ma fille pour son engouement littéraire et les avis qu'elle me donne dès qu'elle a terminé un ouvrage. Selon, ça me tente ou non mais au moins j'ai déjà un premier point de vue qui, pour moi, est primordial : si elle le dévore c'est qu'il vaut vraiment le coup !

Mais revenons plutôt à mes lectures de janvier 2010 avec dans l'ordre :

  • La trilogie des elfes de Jean-Louis Fetjaine

  • Créature de la nuit de Kate Thompson

  • La Route de Cormac McCarthy

  • Un lion nommé Christian de Anthony Bourke & John Rendall

  • 84, Charing Cross Road

  • Chasse à l'homme de Christophe Guillaumot

  • Coeur d'encre de Cornelia Funke

  • La reine de Saba de Marek Halter

  • Les chroniques de Spiderwick de Tony Diterlizzi & Holly Black

  • Fantômes d'hiver de Kate Mosse

  • Petit Mao de Jacques Baudouin

  • Le rêve de Martin de Françoise Henry

Et mon coup de coeur pour ce mois de janvier va pour Petit Mao de Jacques Baudouin. Un ouvrage superbe que je vous conseille de découvrir tant il est prenant, dense mais magnifique.

J'espère que le mois de février me réservera autant de belles lectures.

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Un nouveau défi sans contrainte

Posté par belledenuit le 1 février 2010

L'idée vient de Suzanne qui tient le blog Balades entre les lignes sur lequel j'aime beaucoup me ballader. Son défi s'appelle :

Il n'y a rien de contraignant plus qu'il suffit de lire 4 ouvrages d'auteurs québécois dans le temps et le genre que nous souhaitons.

Autant dire que je suis largement partante même si par chez moi j'ai bien du mal à trouver à ma médiathèque des auteurs du Québec.

J'ai néanmoins réussi à faire une liste de quatre auteurs même si pour deux d'entre eux il s'agira de lire des sagas.

Voilà ma liste :

- Arlette COUSTURE :  Ces enfants d'ailleurs et L'envol des tourterelles

- Nicole FYFE-MARTEL : La trilogie sur Hélène de Champlain

- Jacques POULIN : Volkswagen blues

- Michel TREMBLAY : Un ange cornu avec des ailes de tôle

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L’affaire Jacques Viguier : L’engrenage infernal

Posté par belledenuit le 1 février 2010

Auteur : Dominique Labarrière

Editions : Alphée (2010)

Nbre de pages : 168

Quatrième de couverture :

27 février 2000. Suzanne Viguier, mère de 3 enfants, épouse de Jacques Viguier, professeur de droit public à la faculté de Toulouse, disparaît. La piste du mari meurtrier est la seule suivie bien qu'elle ne repose sur aucune preuve, aucun indice matériel probant. Après neuf années d'un hallucinant feuilleton judiciaire et médiatique, Jacques Viguier est acquitté.
Contre toute attente, le parquet annonce alors qu'il fait appel. Décision surprenante, compte tenu du principe de droit pénal qui induit que l'acquittement doit profiter à l'accusé…
Sous une plume claire et précise apparaissent les moments forts de l'enquête, de l'accusation, du procès et du traitement médiatique de cette affaire. L’auteur décrit, dans un récit vivant et rigoureusement authentique, un drame humain, un engrenage judiciaire implacable. Un document complet et édifiant qui permet de comprendre dans quelle tourmente tout citoyen peut être pris.

Mon avis :

J'ai lu ce documentaire en une journée. Il faut dire que lire une telle histoire qui pourrait arriver à tout un chacun ça nous fait nous accrocher.

Sans entrer dans les détails sur ce qu'expose Dominique Labarrière dans son ouvrage, L'affaire Viguier est un excellent moyen de se rendre compte de comment est menée une enquête, quelles en sont les failles, les petites faiblesses et sur le peu dont repose notre crédibilité auprès des enquêteurs et des juges d'instruction qui lorsqu'ils ont une proie en face d'eux font tout pour la mettre à mal.

Dès le départ, l'auteur nous donne de toute façon son opinion sur cette affaire qui est loin d'être réglée puisque le procès en appel doit se tenir devant la Cour d'Assises d'Albi le 9 mars 2010 : vu le peu de preuves à charge contre Jacques Viguier et les incohérences de l'instruction, l'acquittement dont il a bénéficié devant la Cour d'Assises de Toulouse est le résultat qui devait intervenir de toute façon.

Dominique Labarrière met donc le doigt sur les erreurs, les oublis de l'enquête, les recherches non effectuées dans les temps (ou alors trop d'années après pour que cela donne des résultats probants)… de sorte que la culpabilité de Viguier est loin d'être établie.

C'est un documentaire très intéressant, pas réellement compliqué à suivre dans le raisonnement de l'auteur ni même dans la façon dont il nous raconte les faits point par point puisque à de nombreuses reprises il n'hésite pas à ironiser certains faits et gestes ou même réflexions faits par les différentes parties à l'instruction ou lors du procès.

Cela donne une note un peu moins dramatique à l'ouvrage même si, dès le départ, nous savons que la question de la culpabilité de Jacques Viguier est finalement remise en cause par cet appel du Parquet.

Le but de l'ouvrage n'est pas de raconter dans les détails tout ce qui a précédé au procès mais de bien démontrer que la justice elle aussi fait des erreurs et que malheureusement pour nous, citoyens, lorsque tel est le cas il est bien difficile de prouver notre innocence alors que c'est à l'accusateur de donner la preuve de la culpabilité de quelqu'un. Chose qui est difficilement faisable ici.

D'ailleurs si l'acquittement a été rendu en première instance, c'est que le dossier ne contient rien et l'appel du Parquet, comme le note l'auteur, donne l'impression que la justice cherche un coupable et qu'elle fera tout pour en trouver un quel qu'il soit !

Ce livre a été lu dans le cadre d'un partenariat entre Livaddict et les Editions Alphée que je remercie pour cet envoi.

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Le rêve de Martin

Posté par belledenuit le 29 janvier 2010

Auteur : Françoise Henry

Editions : Le Livre de Poche (2008)

Nbre de pages : 155

Présentation de l'éditeur :

“Il m'a caressé la joue comme jamais personne ne me l'avait caressée. J'ai fondu. J'ai tout oublié. J'ai tout donné. Je me suis laissé glisser à terre avec lui. Le crépuscule nous protégeait. La terre était mouillée, l'herbe giflait doucement nos bras nus, je me suis salie, j'ai ri, j'ai eu du plaisir. Tu n'étais pas encore là, Martin, tu venais de commencer le chemin qui te mènerait au jour. ” Martin n'a jamais compris pourquoi il a, un jour, été rejeté par ses parents. Il va enfin découvrir sur quel secret reposait sa vie brisée.

Mon avis :

Après avoir eu un coup de coeur, c'est un coup de bambou que je viens de recevoir avec cet ouvrage là. Non pas qu'il m'ait plu à un point extrême car justement c'est tout le contraire qui s'est produit.

Malgré l'histoire de Martin, que l'on apprend très rapidement, je me suis ennuyée à écouter cette mère chercher le pardon de son enfant aux portes de sa mort.

Car c'est l'âme maternelle qui parle à celle de son fils qui va bientôt la rejoindre.

Cela aurait pu faire une très belle lecture mais ça n'a pas été du tout le cas. En tout cas pour moi.

Ennui, exaspération, colère même vis-à-vis de cette mère qui ne fait que se répéter tout au long des 150 pages qui forgent ce livre. Voilà ce que j'en retiendrai.

Elle nous raconte ce qu'a été la vie de Martin et ce qu'elle aurait pu être si elle, sa mère, avait été forte, plus courageuse, plus volontaire aussi.

Elle regrette mais le résultat est là !

Je n'ai pas adhéré du tout à l'histoire même si du côté de l'écriture il n'y a rien à dire. Françoise Henry rend les émotions comme il se doit. C'est plutôt le remord de cette mère qui m'a, au bout du compte, exaspérée au plus haut point !

Un autre avis plus positif, celui de Tamara.

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Petit Mao

Posté par belledenuit le 27 janvier 2010

 Attention : Coup de ♥ !

Auteur : Jacques Baudouin

Editions : JC Lattès (2010)

Nbre de pages : 249

Présentation de l'éditeur :

He Zizhen me mit au monde en novembre 1932. Année du Singe. Les astrologues prétendaient jadis que les hommes-singes sont d'aimables vivants, insouciants et agiles. Tout le contraire de moi. Je suis né à Tingzhou, dans l'ouest du Fujian, petite ville presque tropicale au bord d'un fleuve boueux. Le parti communiste y avait relégué mon père Mao pour des motifs que je parvins à élucider plus tard. En me découvrant, eut-il ce sourire que l'on voit sur ses portraits qui ont envahi nos villes jusqu'à l'écoeurement ? J'en doute. On m'appela Mao Xiao, Petit Mao. Fondé sur une connaissance approfondie de l'histoire chinoise, servi par une écriture inspirée, Petit Mao réussit à faire entendre la voix d'un enfant puis d'un homme confronté au mystère de son identité et à l'absurdité de la vie.

Mon avis :

Depuis ce début d'année, j'ai la chance de cumuler de belles lectures malgré leurs univers très différents.

Cependant, je n'arrivais pas à obtenir ce petit plus émotionnel qui allait faire d'un ouvrage un coup de coeur. C'est maintenant chose faite avec ce livre si dense et si particulier qu'est Petit Mao de Jacques Baudouin.

L'histoire de Mao Xiao (dit Petit Mao) est celle de la vie du fils de Mao Zedong dans la Chine des années 1930 à 1965 environ.

Autant dire que dès le départ, je me doutais que ce ne serait pas une lecture facile. Du peu que je connais de la Chine maoïste, je me demandais si j'allais pouvoir atteindre la fin de l'ouvrage sans difficulté mais surtout comment l'auteur allait nous raconter la vie de ce petit garçon dans un contexte politique très particulier.

S'agissant de la narration, le style épuré et pourtant incisif par moments nous permet de nous placer comme des acteurs vivant aux côtés de tous les personnages qui entourent Petit Mao.

On suit depuis sa naissance, jusqu'à ses 32 ans,  cet être qui se cherche dans une Chine partagée entre les différentes révolutions, la Guerre de Corée, l'invasion japonaise, le Grand Bon en avant et la Révolution Culturelle.

En 250 pages, Jacques Baudouin nous montre ce que cet enfant recherche (des parents); comment il se perçoit mais aussi et surtout comment il s'imagine qu'on le voit.

La quête d'identité est son but ultime à partir du moment où son père adoptif, Wang Yi, lui fait cette terrible confidence.

A partir de ce moment, il tombe dans un questionnement sans fond : Pourquoi a-t-il été abandonné ? Pourquoi Mao Zedong le renie-t-il ? Mais surtout, pourquoi son père adoptif lui a fait cet aveu que quelque part il se refuse d'admettre ?

L'ouvrage est particulièrement bien fait et très bien écrit. Malgré la rudesse des mots dans certains passages qui ne montre que la réalité de la Chine communiste, j'ai pu aisément avancer. Il m'était très difficile de le lâcher.

Mao Xiao est tellement attachant; Wang Yi, le père adoptif, l'est tout autant même s'il comprend que son fils a besoin d'avoir des réponses pour pouvoir mener une vie à peu près stable.

Car cette histoire est aussi une belle preuve d'amour entre un père adoptif et ce fils qui n'est pas le sien naturellement mais qui le devient par la force des choses. L'attachement de ces deux êtres est énorme, bouleversante même. Finalement, ils comptent l'un sur l'autre pour survivre dans ce pays ravagé par la montée du communiste.

Entre la volonté de l'un d'être reconnu par son vrai père et celle de ce père de coeur qui ne le veut que pour lui, les mots de Jacques Baudouin m'ont totalement envoûtée. Tout est splendide malgré les souffrances de l'un et de l'autre.

“(…) je finis par m'endormir heureux, délivré de l'angoisse qui m'habitait depuis notre départ : peut importe qui j'étais, le fils de Mao Zedong, celui de Wang Yi ou de je ne sais qui, j'allais rester avec mon père de coeur et nous allions rentrer bientôt chez nous.” (p. 111)

Malgré tout, Petit Mao a ce besoin incessant de savoir. Mais dans la Chine de ces années là, les réponses qu'il a besoin d'obtenir ne seront qu'un tas d'illusions car qui est-il pour finalement mettre le trouble au sein du Parti ?

Ce livre est d'une densité extrême malgré le peu de nombre de pages qu'il a : questionnement du Soi, recherche d'identité, amour filial et paternel, illusions, réflexions aussi sur l'importance du Parti, la personnalité de Mao Zedong et conséquemment tout ce que cela a engendré dans la vie de Petit Mao.

J'ai tout simplement fondu malgré des coups durs. Tout n'est pas rose; loin de là et émotionnellement cet ouvrage est terrible. Je n'arrive d'ailleurs pas à en sortir alors que j'ai fini ma lecture hier. En reprenant certains passages, j'ai une boule au fond de la gorge par le souvenir de ce que ces êtres ont pu vivre.

C'est mon premier coup de l'année 2010 et je crois qu'il restera longtemps dans ma mémoire !

Un grand merci à Anne Blondat des Editions JC Lattès pour cet envoi magistral.

L'avis de Ellcrys pour qui c'est également un coup de coeur !

Quelques extraits :

“En m'abandonnant jadis sans un regard, mon père ne souhaitait pas autre chose que cet effacement de la surface terrestre. S'était-il jamais intéressé à moi ? Non, il préféra sa guerre, féroce et inhumaine, sa guerre pour le pouvoir. Mais je ne l'ai su que plus tard, bien plus tard. Pendant des années, loin de lui, j'ai cru qu'il m'attendait et m'avais réservé une place dans son âme à défaut de son coeur. Illusions : ni coeur ni âme.” (p. 11)

” - Chen Yuxiu n'est pas ma mère, n'est-ce pas ? demandais-je.

Wang Yi poussa un soupir et se gratta le front avant de répondre.

- Non. Mais je voudrais que tu saches ceci : quoi qu'il arrive, quoi que je fasse, tu seras toujours mon petit Mao bien-aimé. Le fils que le destin, et non la vie, m'a donné.” (p. 35)

 

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Les fantômes d’hiver

Posté par belledenuit le 25 janvier 2010

Auteur : Kate Mosse

Editions : JC Lattès (2010)

Nbre de pages : 264

Présentation de l'éditeur :

La Grande Guerre a anéanti une génération tout entière, fauchée à la fleur de l'âge… Dans le cas de Freddie Watson, un jeune Anglais du Sussex, elle lui a pris son frère bien-aimé et, ce faisant, lui a volé la paix de l'esprit. Hanté par cette disparition, il erre sans savoir comment échapper à cette douleur qui le paralyse. Durant l'hiver 1928, Freddie voyage dans le sud-ouest de la France, une autre région qui a vu couler trop de sang au cours des siècles, quand sa voiture quitte la route. Encore sous le choc, il s'enfonce en chancelant dans les bois et trouve refuge dans un village isolé. Là, lors d'une étrange soirée, il rencontre Fabrissa, une belle jeune femme qui pleure elle aussi une génération perdue. Au cours d'une seule et même nuit, Fabrissa et Freddie se confient mutuellement leur histoire. Le lendemain, Freddie se retrouvera devant un mystère déchirant dont lui seul détient la clé.

Mon avis :

Avant toute chose, je tiens à préciser que je n'ai jamais lu d'ouvrage de Kate Mosse. Labyrinthe et Sépulcre sont toujours dans ma LAL et je ne me décide pas à franchir le pas pour les emprunter et m'y plonger dedans.

Fantômes d'hiver est donc une découverte et je dois bien vous avouer que j'ai été agréablement surprise par cette auteure.

Les avis plutôt mitigés sur ces deux premiers opus me faisaient craindre une histoire qui ne tiendrait peut-être la route, avec des invraisemblances ou toutes autres choses qui auraient rendu ma lecture difficile.

Que nenni ! Cela n'est pas arrivé si ce n'est l'impossibilité de lire pendant 2 jours à cause d'une satanée sinusite qui m'empêchait de faire ce que je voulais !!!

Après avoir attendu (im)patiemment que je puisse lire deux phrases à la suite tout en comprenant ce qu'elles signifiaient, j'ai pu enfin terminer cet ouvrage qui est un hymne au souvenir de nos disparus et à la vie qu'il nous faut mener malgré la douleur et l'absence.

Le fait que le paranormal se mêle à l'histoire racontée par Freddie m'a donné quelques frissons. Un village perdu au milieu de l'Ariège; des êtres étranges qui semblent avoir un lourd secret; une atmosphère pesante, hivernale… En bref, tout un contexte pour nous mettre mal à l'aise et se demander où l'auteure va nous mener même si s'agissant de Freddie nous savons ce qu'il en est.

La question est : va-t-il s'en sortir ? Va-t-il réussir à reprendre sa vie en main et de quelle façon ?

Vous l'aurez compris, il m'a été difficile de lâcher Fantômes d'hiver parce que je me suis totalement et rapidement attachée à Freddie mais pas seulement.

Par moment, je pouvais comprendre les émotions, le vide, les interrogations de cet hommes face à cette vie qui lui a enlevé la seule personne au monde qui s'intéressait à lui.

Sa rencontre avec Fabrissa, un être hors norme, va tout bouleverser. Parce qu'il y a des tas de façons de perdre un être qui nous est cher, Freddie va apprendre à voir les choses différemment.

Ce n'est pas un coup de coeur mais c'est une lecture très belle, qui se laisse lire et qui nous emporte au-delà de la réalité.

Je remercie Anne Blondat des Editions JC Lattès pour cet envoi.

D'autres avis sur Bibliomania de Livraddict.

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Les chroniques de Spiderwick

Posté par belledenuit le 22 janvier 2010

Auteurs : Tony Diterlizzi & Holly Black

Editions : France Loisirs (2009)

Nbre de pages : 484

Résumé :

À la vue de Spiderwick, leur nouvelle maison, les enfants Grace ont eu la chair de poule. Le mystère s’épaissit avec la découverte d’un grimoire : les créatures fantastiques qu’il décrit existent-elles vraiment ?
Bravant l’interdiction du livre, nos héros embarquent pour la plus redoutable des aventures.

Mon avis :

La lecture de ce livre s'est faite après que ma fille m'ait fait découvrir le film et après qu'elle ait elle-même lu l'ouvrage qu'Ellcrys nous a très gentilment prêté.

J'ai été impressionnée par l'adaptation qui a été faite de ce bouquin et je me doutais bien qu'il me ferait passer un très bon moment. Et c'est exactement ce qui est arrivé : encore une fois pour ce mois de janvier, ma lecture a été gé-niale ! Je n'ai pas vu le temps passé.

En fait, ce livre m'a fait le même effet que Coeur d'encre de Cornelia Funke que j'ai lu et chroniqué récemment. Le réel et l'imaginaire se confondent et on vit l'aventure avec autant d'ardeur que les personnages eux-mêmes. Il m'était difficile de le lâcher malgré des migraines dues à une bonne sinusite et je pestais lorsque je n'avais plus le choix et que je devais le fermer (les yeux qui brûlent, qui pleurent et se ferment…)

Bref ! J'ai lu ce titre en deux jours et je me suis dit : “Waouh !! Mieux que le film. Ca n'a rien à voir !”

Et pour cause : même si le style des auteurs est très simples et si certaines des difficultés que rencontrent les enfants Grace sont très rapidement résolus à mon goût, j'ai été bluffée par le fait que le livre et le film finalement prenaient des voies différentes.

Quelque part, ça permet de mieux apprécier l'ouvrage mais je pense qu'à vouloir faire une adaptation, autant qu'elle soit le plus fidèle possible au livre.

Je n'ai pas fait attention dans le film mais dans le livre Chapouin, le farfadet qui protège le livre secret et ses habitants, parle en faisant des vers. J'ai trouvé cette façon de faire génialissime.

“Chafouin apprécie sa nouvelle maison;

Mais, las ! il vient vers vous pour une autre raison.”

(…)

“Le guide Spiderwick n'est pas pour les mortels.

Il leur montre trop bien que les fées sont réelles…

Enfants, brûlez ce livre avant qu'il ne vous brûle !

Oubliez ce qu'il dit, jusqu'aux moindres virgules.

Qui s'y frotte s'y pique, et, bientôt, disparaît :

Accidents et magie protègent le secret…” (p. 97)

Ensuite, nous avons droit à une happy end dans le film alors que ce n'est pas vraiment le cas dans le livre. De plus, les lieux où l'action finale se situe sont totalement différents. C'est un peu déroutant mais on peut aussi comprendre qu'un film doit résumer en 1h30 un livre qui fait plus de 400 pages !

Par contre, les créatures sont très biens représentées (que ce soit les gobelins ou les fées de la maison de retraite). Sur ce point, le film est sensationnel ! Les images sont superbes.

Vous l'aurez compris, je vous conseille fortement de lire cet ouvrage où apparaîssent de superbes dessins représentant les êtres qui le façonnent ou les différentes situations dans lesquelles se retrouvent les enfants Grace.

Il est intéressant, facile à lire et dépaysant. On s'évade totalement.

Quant au film, je pense que quelque part il apporte un plus à l'ouvrage notamment par la conception des créatures qui sont dans l'ouvrage. Par ailleurs, la musique est jolie, elle s'adapte bien aux scènes dont certaines sont magnifiques même si du point de vue de l'histoire le scénario a été modifié.

Quelques extraits :

Description des gobelins : “Grâce à la lunette, Jared découvrait les gobelins à l'extérieur de l'écurie. Ils étaient cinq, et encore pires en vrai que sur le dessin : avec une tête de grenouille, totalement chauve, des oreilles de chat déchiquetées, pointant de chaque côté du crâne, des yeux tout blancs, sans pupille, effrayants. Leurs dents étaient faites d'éclats de verre et de petits morceaux de pierre effilés. Leurs corps verts, parsemés de pustules, se mouvaient avec agileté sur la pelouse.” (p. 127)

Description de Chapouin : “Le bruit provenait du bureau. En effet, sur le plan de travail se tenait un homme miniature, de la taille d'un crayon, coiffé d'un chapeau à large bord. Ses petits yeux étaient noirs comme des scarabées; son nez était rouge et épaté. Il ressemblait trait pour trait à l'illustration du farfadet sur le grimoire.” (p. 95)

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La reine de Saba

Posté par belledenuit le 20 janvier 2010

Auteur : Marek Halter

Editions : Robert Laffont (2008)

Nbre de pages : 336

Présentation de l'éditeur :

Elle était noire. Elle était belle. Elle subjuguait par son esprit. Guerrière, elle imposa la paix, neuf siècles avant notre ère, sur le fabuleux royaume de Saba, pays d'or et d'encens. Mais sa plus belle bataille fut celle de l'amour et de l'intelligence mêlés. Elle défia le roi Salomon par le jeu des énigmes. Vaincue, elle se donna à lui pour trois éblouissantes nuits. Trois nuits que le chant du Cantique des cantiques inscrira pour l'éternité dans la mémoire amoureuse de l'Occident. L'histoire nous dit que Makéda, reine de Saba, et Salomon, roi de Juda et d'Israël, eurent un fils, Ménélik, le premier d'une longue lignée de rois africains. A la suite de la Bible, des Evangiles et du Coran, la reine de Saba a fait rêver des générations de peintres, de poètes et d'écrivains. Aujourd'hui, s'appuyant sur les dernières fouilles archéologiques, Marek Halter part à son tour à sa rencontre. Il nous révèle une reine de Saba d'une modernité inattendue.

Mon avis :

La reine de Saba est le deuxième titre de l'auteur que je découvre. Si Le vent des Khazars m'avait emballé dans sa partie historique, j'ai été totalement envoûtée par l'intégralité de l'ouvrage La reine de Saba.

Même s'il est scindé en cinq parties, il n'en demeure pas moins que trois s'en détachent réellement : la vie de Makéda auprès de son père, Akébo le Grand, dans sa jeunesse puis sa vie en tant que reine de Saba et reconquête de son pays et enfin sa rencontre avec Salomon, roi de Juda et d'Israël.

J'ai beaucoup aimé la façon dont Marek Halter, avec un style plutôt simple mais précis, nous raconte l'existence de cette femme au caractère bien trempé et à la ruse efficace.

Depuis son plus jeune âge, son père savait quel genre de reine serait Makéda et Marek Halter, grâce à sa plume, fait revivre ce personnage haut en couleurs.

Malgré tout, je regrette que l'auteur ne soit pas allé au coeur de la stratégie militaire de cette femme lors des combats qu'elle a dû mener. Il parle d'idées pour gagner les batailles mais passe outre sur les précisions de sorte que le lecteur soit lui aussi dans la confiance.

Ces passages nous laissent donc sur notre faim. C'est dommage !

Néanmoins, pour ceux et celles qui veulent entrer dans la légende de la reine de Saba (parce qu'après recherches on ne sait pas si elle a réellement existé), cet ouvrage est un délice. Je l'ai d'ailleurs lu en 2 jours. C'est dire comme il est intéressant et prenant.

Quelques extraits :

“En dix ans, Akébo avait élevé Axoum au rang d'une ville royale et les hirondelles pouvaient se poser sur des terrasses aussi hautes que leur vol. Il avait fait construire des immensités de digues, irriguant les champs d'opulence. Il avait fait creuser et étayer les mines d'or. Il avait transporté ici, dans ce pays de jungle, de savane et de fauves, le savoir de Maryab. Il avait ouvert son commerce à Pharaon, assurant la prospérité aux clans qui pliaient la nuque devant lui.” (p. 80)

“De ce jour, elle apparut au peuple d'Axoum dans une robe nouvelle : une tunique où les fils d'or alternaient avec des fils d'un bleu indigo et de pourpre. Brodés sur la poitrine, de longs entrelacs soulignaient la fermeté opulente des seins avant d'enlacer la taille comme une ceinture. Cousue près du corps, cette tunique révélait combien en quelques mois Makéda avait atteint la grâce accomplie des femmes faites. (…) Un lourd anneau d'or posé sur son front retenait l'abondance de sa chevelure. Il brillait du même éclat intense que son regard. Sa bouche s'était durcie dans le deuil et en conservait la marque, accordant à la beauté de son visage une puissance qui n'était plus seulement celle de la séduction.” (p. 161-162)

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