Petit Mao

Posté par belledenuit le 27 janvier 2010

 Attention : Coup de ♥ !

Petit Mao dans Historique/Uchronique 9782709633260

Auteur : Jacques Baudouin

Editions : JC Lattès (2010)

Nbre de pages : 249

Présentation de l’éditeur :

He Zizhen me mit au monde en novembre 1932. Année du Singe. Les astrologues prétendaient jadis que les hommes-singes sont d’aimables vivants, insouciants et agiles. Tout le contraire de moi. Je suis né à Tingzhou, dans l’ouest du Fujian, petite ville presque tropicale au bord d’un fleuve boueux. Le parti communiste y avait relégué mon père Mao pour des motifs que je parvins à élucider plus tard. En me découvrant, eut-il ce sourire que l’on voit sur ses portraits qui ont envahi nos villes jusqu’à l’écoeurement ? J’en doute. On m’appela Mao Xiao, Petit Mao. Fondé sur une connaissance approfondie de l’histoire chinoise, servi par une écriture inspirée, Petit Mao réussit à faire entendre la voix d’un enfant puis d’un homme confronté au mystère de son identité et à l’absurdité de la vie.

Mon avis :

Depuis ce début d’année, j’ai la chance de cumuler de belles lectures malgré leurs univers très différents.

Cependant, je n’arrivais pas à obtenir ce petit plus émotionnel qui allait faire d’un ouvrage un coup de coeur. C’est maintenant chose faite avec ce livre si dense et si particulier qu’est Petit Mao de Jacques Baudouin.

L’histoire de Mao Xiao (dit Petit Mao) est celle de la vie du fils de Mao Zedong dans la Chine des années 1930 à 1965 environ.

Autant dire que dès le départ, je me doutais que ce ne serait pas une lecture facile. Du peu que je connais de la Chine maoïste, je me demandais si j’allais pouvoir atteindre la fin de l’ouvrage sans difficulté mais surtout comment l’auteur allait nous raconter la vie de ce petit garçon dans un contexte politique très particulier.

S’agissant de la narration, le style épuré et pourtant incisif par moments nous permet de nous placer comme des acteurs vivant aux côtés de tous les personnages qui entourent Petit Mao.

On suit depuis sa naissance, jusqu’à ses 32 ans,  cet être qui se cherche dans une Chine partagée entre les différentes révolutions, la Guerre de Corée, l’invasion japonaise, le Grand Bon en avant et la Révolution Culturelle.

En 250 pages, Jacques Baudouin nous montre ce que cet enfant recherche (des parents); comment il se perçoit mais aussi et surtout comment il s’imagine qu’on le voit.

La quête d’identité est son but ultime à partir du moment où son père adoptif, Wang Yi, lui fait cette terrible confidence.

A partir de ce moment, il tombe dans un questionnement sans fond : Pourquoi a-t-il été abandonné ? Pourquoi Mao Zedong le renie-t-il ? Mais surtout, pourquoi son père adoptif lui a fait cet aveu que quelque part il se refuse d’admettre ?

L’ouvrage est particulièrement bien fait et très bien écrit. Malgré la rudesse des mots dans certains passages qui ne montre que la réalité de la Chine communiste, j’ai pu aisément avancer. Il m’était très difficile de le lâcher.

Mao Xiao est tellement attachant; Wang Yi, le père adoptif, l’est tout autant même s’il comprend que son fils a besoin d’avoir des réponses pour pouvoir mener une vie à peu près stable.

Car cette histoire est aussi une belle preuve d’amour entre un père adoptif et ce fils qui n’est pas le sien naturellement mais qui le devient par la force des choses. L’attachement de ces deux êtres est énorme, bouleversante même. Finalement, ils comptent l’un sur l’autre pour survivre dans ce pays ravagé par la montée du communiste.

Entre la volonté de l’un d’être reconnu par son vrai père et celle de ce père de coeur qui ne le veut que pour lui, les mots de Jacques Baudouin m’ont totalement envoûtée. Tout est splendide malgré les souffrances de l’un et de l’autre.

« (…) je finis par m’endormir heureux, délivré de l’angoisse qui m’habitait depuis notre départ : peut importe qui j’étais, le fils de Mao Zedong, celui de Wang Yi ou de je ne sais qui, j’allais rester avec mon père de coeur et nous allions rentrer bientôt chez nous. » (p. 111)

Malgré tout, Petit Mao a ce besoin incessant de savoir. Mais dans la Chine de ces années là, les réponses qu’il a besoin d’obtenir ne seront qu’un tas d’illusions car qui est-il pour finalement mettre le trouble au sein du Parti ?

Ce livre est d’une densité extrême malgré le peu de nombre de pages qu’il a : questionnement du Soi, recherche d’identité, amour filial et paternel, illusions, réflexions aussi sur l’importance du Parti, la personnalité de Mao Zedong et conséquemment tout ce que cela a engendré dans la vie de Petit Mao.

J’ai tout simplement fondu malgré des coups durs. Tout n’est pas rose; loin de là et émotionnellement cet ouvrage est terrible. Je n’arrive d’ailleurs pas à en sortir alors que j’ai fini ma lecture hier. En reprenant certains passages, j’ai une boule au fond de la gorge par le souvenir de ce que ces êtres ont pu vivre.

C’est mon premier coup de l’année 2010 et je crois qu’il restera longtemps dans ma mémoire !

Un grand merci à Anne Blondat des Editions JC Lattès pour cet envoi magistral.

L’avis de Ellcrys pour qui c’est également un coup de coeur !

Quelques extraits :

« En m’abandonnant jadis sans un regard, mon père ne souhaitait pas autre chose que cet effacement de la surface terrestre. S’était-il jamais intéressé à moi ? Non, il préféra sa guerre, féroce et inhumaine, sa guerre pour le pouvoir. Mais je ne l’ai su que plus tard, bien plus tard. Pendant des années, loin de lui, j’ai cru qu’il m’attendait et m’avais réservé une place dans son âme à défaut de son coeur. Illusions : ni coeur ni âme. » (p. 11)

 » – Chen Yuxiu n’est pas ma mère, n’est-ce pas ? demandais-je.

Wang Yi poussa un soupir et se gratta le front avant de répondre.

- Non. Mais je voudrais que tu saches ceci : quoi qu’il arrive, quoi que je fasse, tu seras toujours mon petit Mao bien-aimé. Le fils que le destin, et non la vie, m’a donné. » (p. 35)

 

18 Réponses à “Petit Mao”

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  1. Ellcrys dit :

    Ca a l’air d’un ouvrage très intéressant. D’autant plus que je n’ai jamais lu de roman traitant de la Chine Maoïste… je note donc. Merci à toi et merci à JC Lattès, car grâce à leur envoi, nous allons nous aussi découvrir ce roman. Bisous

  2. Emeralda dit :

    Voilà un titre que j’aimerai rajouter à ma PAL.
    Tu en parles très bien et comme j’aime l’Histoire, j’apprécie d’en connaître aussi la petite histoire et le destin de certains noms.

    Merci pour cette belle chronique.

  3. zarline dit :

    Comment résister à un coup de coeur? En plus le sujet me tente donc je note sans hésitation.

  4. Suzanne dit :

    Belledenuit sirop, je ne peux résister aux coups de coeur. Je note.

  5. belledenuit dit :

    @ Ellcrys : J’espère qu’il te plaira autant qu’à moi lorsque tu l’ouvriras ;)

    @ Emeralda, Zarline & Sue : J’ai grand hâte de connaître vos avis dessus. Pour une fois que j’ai un coup de coeur pour un bouquin… :D

  6. lasardine (la ronde des post-it) dit :

    oh!! en voilà un bel avis!!
    je note, je pense que ça peut beaucoup me plaire!! :D
    merci!

  7. Latite06 dit :

    Ma LAL vient de s’agrandir d’un titre :-D
    Le résumé que tu fais de ce livre donne très envie de le découvrir !!
    Bonne soirée :-)

  8. belledenuit dit :

    @ Lasardine : J’espère qu’effectivement ça te plaira :)

    @ Latite : Et j’en rajoute en te disant qu’il vaut vraiment le coup d’être découvert ;) Bonne prochaine lecture !

  9. Clochette dit :

    Belle de nuit : franchement très très tentatrice cette critique car très enthousiaste. Je la note ! Moi pareil, les coups de coeur, ça m’inspire !

  10. belledenuit dit :

    @ Clochette : Je surveillerai donc ton avis ;)

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